Le docteur Pierre Brassard et son équipe

L’orientation de la prison

Depuis un certain temps, il y a un duel important dans ma tête. Mon attirance pour les femmes est bel et bien réelle! Je me sens bien quand je me retrouve dans les bras d’une femme. Je dirais même plus que je me sens comprise, aimée, importante, etc etc etc. Toute ma vie j’ai été en couple avec des femmes dans une relation hétérosexuelle. Pendant toutes ces années de « garde-robe » (32 dans mon cas), J’ai rêvée de relation sexuelle avec des hommes. J’ai rêvé de me voir dans la position de la femme au sein de ma relation de couple que je connaissais, évidement.

Aujourd’hui je suis femme et j’ai toujours cette attirance envers les femmes. J’ai toujours cette idée de moi d’une relation sexuelle avec un homme. Est-ce qu’on peut dire que c’est simplement de la bisexualité? Peut-être mais je dirais que contrairement à la bisexualité où des gens ont des relations complètes avec les deux genres, j’ai envie d’une partie de la relation avec un genre et d’une autre partie avec l’autre genre.

On peut dire que j’ai explorer et développé mon orientation sexuelle avec une mauvaise identité de genre et que c’est peut-être ce qui a causé cette situation.

Avant d’aller plus loin, j’aimerais vous donner une image que j’utilise souvent pour expliquer l’identité de genre et l’orientation sexuelle. J’utilise tout simplement la flèche de l’orientation. Cette flèche pointe vers le genre de notre choix :

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Évidement pour les personnes bisexuelles, cette flèche pointe vers les deux genres. Pour alléger le texte, je ne parlerai pas de bisexualité ici. Donc on remarque que l’extrémité de la flèche qui pointe, indique le genre de notre choix. Mais cette flèche a une origine. L’origine de cette flèche est arrachée à notre propre personne. Pour la grande majorité des gens, ça ne va pas plus loin que ça. Mais en fait c’est notre personne en tant qu’homme ou femme. Donc on peut dire que notre orientation sexuelle est intimement reliée à notre identité de genre.

En tant que personne de tel genre, je suis attiré par tel genre.

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Quand l’identité sexuelle et l’orientation sexuelle sont différente, c’est une relation hétérosexuelle et inversement pour les relation homosexuelles. Les gens vivent ces deux types de relations basées sur leur identité de genre en conjoncture avec leur orientation sexuelle.

Ce qu’il faut retenir, c’est que l’origine de la flèche n’est pas simplement une personne mais bien une personne avec son identité de genre.

Bon vous voyez le concept. Où je veux en venir avec cette image, c’est aux personnes qui changent d’identité. La plupart des personnes, explorent leur orientation sexuelle vers la puberté. Donc, basé sur une identité sexuelle, ils définissent leur orientation. Quand l’identité est mauvaise, on développe nécessairement une mauvaise orientation. Quand je dis « mauvaise orientation » je ne veux pas dire mauvais choix de genre. Il faut bien distinguer les deux. Une mauvaise orientation sexuelle peut très bien être un mauvais type de relation.

Pour les personnes transsexuelles qui sont encore dans le dénie, ils explorent, définissent et consolident leur orientation avec la mauvaise identité de genre. Ils doivent s’ajuster à la réalité que les gens voient un homme alors qu’ils sont des femmes ou inversement. Que faire : Il y a la pression sociale poussent les gens à être hétérosexuels; de l’autre côté, notre corps n’est pas de notre genre; Suis-je homosexuel vue que je me sens femme à l’intérieur? Même pour les personnes homosexuelles dont l’identité n’est pas en jeux, c’est très difficile de définir son orientation. Plusieurs succombent aux pressions sociales et choisissent l’hétérosexualité. Donc quand l’identité est incertaine ou mauvaise, c’est presque le hasard qui décide. Les gens doivent s’adapter à la réalité qui est la leur.

Je compare souvent cette période de ma vie à une prison. Du point de vue que j’étais prisonnière de mon corps c’est très vrai mais aussi d’un autre point de vue : Les gens qui sont en prison pour une longue période de temps, ont des comportements homosexuels pendant leurs séjour carcéral. Ils doivent s’ajuster à la réalité que la prison est unisexe au même titre que les transsexuels s’ajustent au fait que leur identité est incorrecte. Pendant plusieurs années, les personnes transsexuelles tout comme les prisonniers, pratiquent et consolident une orientation sexuelle « forcée ». Dans les deux cas, ils se reprogramment; ils s’obligent et finissent par aimer ça.

Que se passe-t-il quand ils sortent de prison? Que se passe-t-il lors d’un changement d’identité de genre?

Les prisonniers font un retour à l’hétérosexualité mais avec un certain manque de l’homme. On voit souvent s’installer la bisexualité.  Pour les personnes transsexuelles, il y a généralement deux cas : 1- le choix du genre de préférence change et de type de relation reste. 2- Le type de relation change et le choix du genre demeure le même. Dans les deux cas, l’individu transsexuel a à s’ajuster à une nouvelle réalité.

Moi je suis de celles dont le type de relation change et le choix du genre demeure le même. Mais avec un bémol important où j’ai encore et toujours envie de la relation sexuelle avec l’homme. Peut-être que mes 32 années de prison, de programmation hétérosexuel et de mauvaise identité de genre ont fait de moi une lesbienne bisexuelle? Je ne sais pas? Peut-être que je suis une femme hétérosexuelle en puissance? Je me sens complètement déconstruite.

Qui suis-je?

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3 réponses à “L’orientation de la prison”

  1. Maxime De L'Isle dit:

    Merci pour le partage de ce difficile questionnement Marie-Ève. Je te partage un peu de ma propre réflexion en retour. Je fais en quelques sortes le cheminement inverse de toi à savoir que mon orientation sexuelle est complexe depuis longtemps alors que mon identité de genre était très féminine et plutôt fixe. Je tentais durant toute ma vingtaine de me catégoriser hétéro ou homo, mais cela ne concordait pas avec ce que je vivais, ni même la catégorie bisexuelle puisque je tombais amoureuse de femmes masculines, d’hommes féminins, de personnes transgenres, transsexuelles au genre volontairement non-conforme aux stéréotypes sociaux, etc. Dans cette optique, je pouvais ainsi faire comme tu le proposes, et partir de mon propre genre femme et faire plusieurs flèches en directions d’une pluralité de genres. Cependant, depuis quelques mois, j’ai commencé à déconstruire ma propre identité de genre. Je suis encore relativement féminine, mais de plus en plus genderqueer, ce qui a pour effet qu’on me prend régulièrement pour un homme sur la rue (4 fois la semaine passée). Si je suis d’accord avec toi que j’explore, avec ce nouveau genre, de nouveaux aspects de moi et de ma vie sexuelle, je ne pense pas que je doive nécéssairement considérer que je suis passée à côté de moi-même en explorant ma sexualité en tant que femme très féminine jusqu’alors. Je pense que le gros problème réside dans la conception très rigide et binaire de l’identité de genre et de l’orientation sexuelle imposée par notre société. Pour ma part (je suis consciente que je parle d’un point de vue non trans… pour l’instant…, pardonne-moi si tu crois que je passe à côté de ta réalité), de mon point de vue donc, si nous étions plus flexibles en ce qui concerne le genre et l’orientation sexuelle, il serait beaucoup plus vivable de simplement se laisser aller aux changements que plusieurs personnes vivent dans leur vie à ce niveau. Il y a des personnes qui demeureront relativement constantes dans leur identité de genre et leur orientation sexuelle, il y en a d’autres que feront un grand changement radical puis se figerons dans celui-ci, et d’autres comme moi et plusieurs qui changerons à plusieurs reprises, qui ne pourrons jamais prétendre à la certitude. Bref, ce que je veux dire, c’est qu’il n’y a pas de voie meilleure qu’une autre, elles sont toutes valables à mon avis. Seulement, notre société nous a habitué-e-s à être dans l’un des deux camps, homme/femme, hétéro/homo et les personnes qui sont dans les zones grises ne sont pas saines, elles ont des problèmes de santé mentales. En tous les cas, je peux te dire marie-ève que pour ma part, depuis que j’ai arrêté de vouloir à tout prix me catégoriser de façon fixe, je me sent absolument bien dans ma peau et m’accepte totalement dans cette non-fixité. En ce qui concerne les différents besoins que tu cherches à combler avec des personnes d’un genre masculin ou féminin, je pense que c’est beaucoup plus complexe que la question du genre, chaque personne étant unique. Bref, je m’arrête ici, merci encore pour ce partage, on se recroise bientôt j’espère, bisoux, maxime

  2. ATQ (Association des transsexuels et transsexuelles du québec) : L’identité et l’orientation dit:

    [...] ajouté un texte que j’ai écrit il y a quelques temps: « L’orientation de la prison« . Selon moi et selon ce que j’ai pu comprendre, je ne suis pas la seule à vivre [...]

  3. ATQ (Association des transsexuels et transsexuelles du québec) : L’identité et l’orientation dit:

    [...] j’ai écrit il y a quelques temps: « L’orientation de la prison » http://srsmontreal.ca/2009/07/10/lorientation-de-la-prison/. Selon moi et selon ce que j’ai pu comprendre, je ne suis pas la seule à vivre ce grand [...]

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